Il promet de défendre les intérêts de la couronne nord face à ce qu’il décrit comme un abandon du gouvernement provincial.
Un député « enraciné » contre l’abandon de la couronne nord
Le ton était ferme dès le discours d’investiture. « Ça n’a aucun sens que le gouvernement Legault/Fréchette ait abandonné Masson et la couronne nord. Nos concitoyens méritent un député qui sera le porte-parole des citoyens auprès du gouvernement, pas le porte-parole du gouvernement auprès des citoyens. Pour ma part, je serai un député enraciné, présent et engagé à 100% », a déclaré M. Handfield.
Le candidat a ciblé plusieurs dossiers qu’il entend prioriser s’il est élu : l’amélioration de la mobilité dans la couronne nord, l’accès au réseau de santé, les places en CPE, le transport collectif et le soutien au projet du Domaine seigneurial de Mascouche. Il a aussi mis en évidence la sécurisation de l’intersection de la sortie des Anglais et de l’autoroute 640, un carrefour aux antécédents accidentogènes.
Ces enjeux locaux s’inscrivent dans une vision plus large portée par Handfield, qui estime que les problèmes structurels du Québec — en santé, en éducation et en infrastructures — ne peuvent être résolus qu’avec tous les leviers d’un État souverain. L’indépendance du Québec, dit-il, demeure « la seule chose qui n’a jamais été essayée ».
Un profil ancré dans le territoire
Handfield n’est pas un inconnu à Mascouche. Avocat spécialisé en droit de l’immigration, il a siégé à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié avant de pratiquer en cabinet privé. Il a également complété deux mandats comme conseiller municipal dans sa ville avant de se tourner vers la politique provinciale.
De 2023 à 2026, il a occupé le poste de co-porte-parole en immigration au sein du Parti Québécois. Son profil juridique et son expérience municipale sont présentés comme des atouts pour défendre les dossiers complexes qui touchent la circonscription de Masson, notamment en matière d’infrastructures et de services à la population.
Au terme de son discours, le candidat a salué les militants de longue date et les nouvelles recrues du parti, remerciant au passage le chef Paul St-Pierre Plamondon d’avoir « redonné au Parti Québécois sa fierté ».
L’objectif : reprendre Masson
La circonscription de Masson, qui couvre notamment Mascouche et une partie de la couronne nord de Montréal, est actuellement détenue par la Coalition Avenir Québec. Le Parti Québécois y voit une cible réaliste dans le contexte de la remontée nationale du parti sous la direction de St-Pierre Plamondon.
« Ensemble, avec vous, avec Paul, avec le Parti Québécois, nous allons regagner Masson », a conclu Handfield devant ses partisans. La date du déclenchement des prochaines élections générales provinciales n’est pas encore confirmée, mais le scrutin doit se tenir au plus tard à l’automne 2026.
La candidate, qui avait remporté l’élection partielle de mars 2025, vise cette fois à accéder au pouvoir avec un gouvernement du Parti Québécois.
Un an et demi en chambre comme tremplin
Avant de faire le saut en politique, Catherine Gentilcore avait dirigé des organisations dans les secteurs des technologies (NUMANA), des médias (Le Devoir) et de la culture (Opéra de Montréal, C2 Montréal). C’est cette expérience de gestionnaire qu’elle dit avoir mise au service de ses concitoyens depuis son entrée à l’Assemblée nationale.
Depuis Québec, l’ancienne présidente du Parti Québécois dit avoir multiplié les interventions, notamment en dénonçant ce qu’elle qualifie de gaspillage de fonds publics par le gouvernement caquiste et en défendant les médias et la culture québécoise.
« Depuis un an et demi, j’ai l’honneur de représenter les gens de Terrebonne. Cette victoire confirme que les Québécoises et les Québécois sont mûrs pour du changement et veulent tourner la page sur les huit années de gouvernement caquiste. Si nous parvenons à un tel impact avec seulement sept députés à l’Assemblée nationale, imaginez tout ce que nous pourrons concrétiser pour le Québec en quatre ans au gouvernement », affirme Catherine Gentilcore.
Terrebonne sous pression : transport, santé et logement dans la mire
La candidate place les enjeux locaux au cœur de sa nouvelle campagne. Terrebonne connaît une croissance démographique rapide qui pèse lourd sur les services publics, et Gentilcore entend en faire un argument central contre le bilan de la Coalition avenir Québec.
« Terrebonne connaît une croissance sans précédent qui exerce une forte pression sur ses services. Face à cette réalité, le bilan de la CAQ à Terrebonne est intenable : il a échoué à répondre aux besoins urgents, notamment en matière de transport, de santé et de construction de logements abordables », soutient-elle.
La circonscription de Terrebonne, située dans les Basses-Laurentides, est l’une des régions à plus forte croissance au Québec. Les infrastructures de transport en commun et les délais d’accès aux soins y font régulièrement l’objet de critiques de résidents et d’élus municipaux.
Un mandat à poursuivre, dit-elle
Gentilcore présente sa candidature comme la continuité d’un travail amorcé avec les électeurs lors de la partielle de 2025. Elle mise sur sa visibilité à Québec pour asseoir sa légitimité dans la prochaine course électorale.
« Depuis un an et demi, vous m’avez vue à l’œuvre : je me suis tenue debout à Québec pour défendre leurs intérêts et porter leur voix. Je demande humblement de pouvoir continuer, en octobre prochain, le mandat que nous avons débuté ensemble. Ils peuvent compter sur moi », conclut la députée.
La date du scrutin général provincial n’a pas encore été officiellement fixée, mais les partis amorcent déjà leurs positionnements en vue de l’automne prochain. Pour le PQ, Terrebonne représente l’une des rares circonscriptions qu’il détient et un symbole de son renouveau électoral.
Photo Dany Baribeau - Le maire de Terrebonne Mathieu Traversy accueille le ministre des Affaires municipales du Québec Samuel Poulin.
C’est un ministre des Affaires municipales qui arrive les mains pleines de promesses à Terrebonne qui a lancé une mise en garde contre les largesses préélectorales, alors que le prochain scrutin provincial se profile à l’horizon et que le mandat du gouvernement caquiste tire à sa fin. La visite s’inscrit dans une tournée provinciale de consultation amorcée depuis quelques semaines par le ministre.
Il a fait savoir que le logement et l’accès à la propriété figurent parmi ses « grandes priorités », et que des projets à Terrebonne pourraient bénéficier d’une collaboration gouvernementale. « L’enjeu de la performance municipale fait également partie de nos priorités et on pourra faire ça ensemble évidemment. Surtout, c’est de propulser nos régions du Québec qui demeurent importantes », soutient M. Poulin.
Il a également annoncé la tenue, d’ici le 24 juin, des États généraux sur le coût des infrastructures et leur financement. Le ministre promet aussi, pour la même échéance, un programme concernant le prolongement des réseaux d’eau potable. « C’est une annonce que j’ai faite à l’Union des municipalités du Québec et que je réitère. Il y aura des sommes pour les villes au cours des prochaines semaines et des prochains mois », a déclaré le ministre des Affaires municipales, Samuel Poulin. Il promet également d’impliquer le secteur privé dans ces consultations. « Pendant trop d’années, on a tenu loin le secteur privé du gouvernement du Québec et des villes », a-t-il reconnu.
Autonomie municipale, l’exigence de l’heure
Le maire Mathieu Traversy, qui a initié la visite, plaide en faveur d’une plus grande autonomie municipale et exprime la volonté de la Ville de collaborer avec le gouvernement sur les enjeux qui touchent Terrebonne. Il réclame notamment l’obtention d’une charte constitutive propre à la municipalité, à l’image d’autres grandes villes québécoises. « Une telle évolution permettrait de mieux répondre aux réalités du terrain, particulièrement dans un contexte de développement urbain, d’accès à la propriété », a insisté le maire.
Sur la question de l’itinérance, le ministre a indiqué que son collègue Lionel Carmant travaille à définir les programmes d’aide aux municipalités en matière de santé mentale et d’itinérance. « Nous avons déjà fait une annonce à Québec qui concernait certaines villes. Mais notre priorité, c’est de cibler également d’autres villes qui vivent des situations d’itinérance, dans la première ou deuxième couronne de Montréal », a-t-il précisé.
Photo Page Facebook du Bloc - Le Bloc Québécois ne perd pas espoir quant au retour du souverainisme, un jour, au Québec.
La démonstration libérale est de taille, portée par une machine électorale à plein régime. L’effet Carney, dans toute sa splendeur et l’incertitude mondiale dont Donald Trump est le symbole, viennent couronner le succès des libéraux dans cette circonscription historiquement souverainiste.
Yves-François Blanchet en est conscient. Le lendemain du scrutin, devant les médias, il a soutenu que « […] dans le contexte d’insécurité qui caractérise encore la réalité canadienne et québécoise, les folies de Donald Trump et les incertitudes économiques ont fait en sorte que cet effondrement du vote des conservateurs et du NPD est allé renforcer le vote du Parti libéral ».
Pour le professeur Daniel Béland, « il n’y a pas grand-chose que Yves-François Blanchet et le Bloc puissent faire en ce moment, sinon essayer de sauver les meubles. ». Toutefois, souligne M. Béland, « le Bloc […] c’est un parti qui constitue quand même le deuxième choix des Québécois. »
« Quant au Bloc, c’est sûr que la défaite d’hier, c’était une défaite crève-cœur. Mais en même temps, ils voulaient vraiment l’emporter. Ils ont mis beaucoup d’efforts dans cette course-là. »
– Daniel Béland, professeur James McGill, département de science politique, Université McGill.
Le Bloc n’a pas dit son dernier mot
La majorité obtenue par le Parti libéral, notamment en glanant des transfuges et à travers l’élection partielle du 13 avril, confère à Mark Carney les coudées franches pour une durée d’environ trois ans et demi. M. Blanchet compte profiter de ce laps de temps pour continuer à parler de souveraineté et rappeler aux Québécois « les avantages pour le Québec d’être un pays à part entière. »
« Tôt ou tard, plutôt tôt que tard, il faudra que le Québec reprenne son chemin. Le chemin qui lui est propre. Le chemin de la souveraineté. Dès que les Québécois le voudront. »
– Yves-François Blanchet, chef du Bloc Québécois
La Chambre des communes sera pour le chef ce haut lieu « d’une nécessaire réflexion sur l’appropriation par le Québec de tous les attributs de la souveraineté ». Se disant fier de la performance de son parti, M. Blanchet rappelle que « la balle est dans la cour de M. Carney ».
« Désormais, et pour la première fois depuis 2015, notre travail s’inscrit dans la durée », insiste M. Blanchet, qui se dit très patient.
Résultat « décevant »
La libérale Tatiana Auguste a remporté l’élection partielle avec 48,3 % des voix, contre 46,9 % pour sa rivale Nathalie Sinclair-Desgagné. Adrienne Charles du Parti conservateur a récolté seulement 3,3 % des votes, tandis que le NPD n’en a recueilli que 0,5 %.
Le chef du Bloc estime ses résultats plus performants que l’année dernière, où son parti avait obtenu 38,7 %, lors des élections de 2025. Il admet toutefois que le résultat du 13 avril 2026 est « décevant », mais pas du tout gênant.
Avec un tel résultat, les conservateurs se sont écroulés et le NPD a complètement disparu de la carte, soutient le professeur Daniel Béland. Le parti de Pierre Poilievre est passé de 18,2 % en 2025 à 3,3 %. Quant au NPD, il a chuté de 6,3 % à 0,5 %. « Mais les autres partis doivent se poser des questions. Les conservateurs et le NPD, qu’est-ce qu’il leur reste au Québec ? », poursuit-il, qualifiant d’alarmants les résultats de ces deux partis.
Heureusement pour eux, observe le professeur Béland, il n’y a pas d’élection générale à l’horizon, car selon lui, ces deux formations politiques se feraient battre à plate couture. Il estime que cette période de trois ans donnera « peut-être » le temps au NPD et aux conservateurs de se reconstruire.
Photo Iona Mousli - Les libéraux ramènent leur candidate à Ottawa
La libérale Tatiana Auguste l’a emporté avec 731 votes d’avance (48,4 %) contre la bloquiste Nathalie Sinclair-Desgagné (46,8 %), soit 730 voix de plus que lors de l’élection précédente, remportée par un seul vote par Tatiana Auguste, avant d’être annulée par la Cour suprême.
« Terrebonne est à la table des décisions maintenant », a lancé Mme Auguste face à la foule de libéraux réunis pour l’occasion. Elle promet de travailler tous les jours « pour que la voix de Terrebonne soit entendue partout à Ottawa et où ça compte absolument ».
« Je vais être prête à travailler pour tous les citoyens de Terrebonne […] tous les organismes communautaires, les entreprises, tout le monde. Donc je suis prête, on se met au travail. »
– Tatiana Auguste, députée libérale élue de Terrebonne
Elle a remercié les militants, les bénévoles, les membres de sa famille, ainsi que tout le caucus pour leur travail, déclarant : « Ça va [être] un plaisir d’être de retour parmi le plus grand caucus du Québec. »
Une ambiance festive
Au rassemblement des libéraux, l’ambiance de fête était palpable. La musique battait son plein et les cris de joie à chaque décompte retentissaient dans la salle. La soirée a toutefois été serrée, les deux rivales se partageant la tête du scrutin à plusieurs reprises. À certains moments, le Bloc menait par une majorité confortable, forçant la ministre fédérale de la Santé et marraine de la campagne libérale à déclarer que, « quels que soient les résultats, nous serons toujours fiers d’elle », adoptant une certaine réserve quant à l’issue du scrutin.
Le soulagement était bien présent chez la ministre, qui a esquissé quelques pas de danse au milieu de ses partisans. Elle dit accueillir cette victoire avec beaucoup de gratitude, saluant le travail accompli par son équipe tout au long de la campagne. « Parfois on travaille fort et on n’a pas les résultats escomptés », admet-elle. « Mais cette fois-ci, on a travaillé fort, ensemble, tous ensemble, parce que c’est une victoire d’équipe. […] Et je crois que les gens de Terrebonne peuvent nous faire confiance, parce que quand une équipe est soudée, elle peut livrer encore mieux », soutient-elle.
Le député fédéral Bienvenu-Olivier Ntumba croit que « c’est le fruit d’un travail acharné », rappelant la décision de justice rendue par la Cour suprême en faveur de la bloquiste Nathalie Sinclair-Desgagné, qui avait contesté la victoire par un seul vote de sa rivale, en raison d’une irrégularité imputable à Élections Canada. « On l’a respectée, on a dit : on retrousse les manches, on va sur le terrain. On a travaillé, ce soir les gens de Terrebonne ont tranché à nouveau et d’une manière très claire », a-t-il déclaré.
« Tatiana Auguste est la nouvelle députée fédérale de Terrebonne et on la ramène à Ottawa », a conclu le député libéral.
La candidate libérale était entourée de bénévoles, de collègues, ainsi que de membres de sa famille, dont sa mère Marceline Alexandre Auguste, qui n’a pas tari d’éloges envers sa fille. « Je suis énormément contente. J’étais stressée parce que quand je voyais ma fille, comment elle travaille. Des fois, ça me touche, mais maintenant, elle a travaillé fort, puis elle a réussi », a-t-elle déclaré.
L’effet Carney
Les libéraux ont déployé une machine redoutable afin de gagner ces élections. Le premier ministre Mark Carney s’est présenté à deux reprises à Terrebonne, en soutien à sa candidate. Plusieurs ministres et députés ont défilé à tour de rôle afin de prêter main-forte dans la bataille enclenchée pour ramener Tatiana Auguste à Ottawa.
Pour la ministre Marjorie Michel, l’influence de Mark Carney sur la victoire de la candidate est incontestable. « Il y a plein de facteurs, dont, certainement, la popularité de M. Carney. Les gens disent qu’ils se sentent en confiance avec M. Carney. C’est ce qui nous a permis de remporter de manière un peu plus solide cette victoire aujourd’hui », soutient la ministre.
« Avec presque 800 voix, je ne pense pas qu’on ira en recomptage », a-t-elle conclu.
Les trois circonscriptions en jeu lors de ces élections partielles sont désormais acquises aux libéraux, leur accordant une majorité confortable à la Chambre des communes.
Les bureaux de vote, dont la liste est disponible sur le site d’Élections Canada, sont ouverts jusqu’à 20 h 30. Les électeurs doivent s’y présenter avec une preuve d’identité et d’adresse. Selon l’organisme électoral, les électeurs de la circonscription de Terrebonne qui ne sont pas inscrits sur la liste électorale peuvent tout de même voter, à condition de s’inscrire directement au bureau de vote le jour du scrutin.
« Les électeurs qui votent par bulletin spécial dans leur circonscription et qui n’ont pas encore posté leur bulletin rempli doivent le déposer en personne au bureau local d’Élections Canada; ils ont jusqu’à la fermeture des bureaux de vote dans leur circonscription pour le faire », écrit Élections Canada, précisant que les bulletins de vote reçus après la fermeture des bureaux de vote ne seront pas comptés.
Cette élection se distingue par l’utilisation d’un bulletin de vote en blanc, sur lequel l’électeur doit impérativement inscrire le nom et le prénom du candidat choisi. Si un électeur écrit uniquement le nom du parti, son bulletin ne sera pas comptabilisé. Pour un électeur avec qui la rédaction s’est entretenue, « cela ne fait aucun sens ». Selon lui, un bulletin de vote adapté pourrait créer des inégalités.
Une véritable bataille
Cette joute électorale est une reprise de l’élection fédérale de 2025, remportée par une seule voix par la candidate libérale Tatiana Auguste. La Cour suprême avait invalidé les résultats à la suite des contestations du Bloc Québécois et d’une bataille judiciaire menée par la candidate Nathalie Sinclair-Desgagné.
Depuis, les deux candidates sont engagées dans une véritable bataille, chacune défendant des enjeux qu’elles jugent cruciaux pour Terrebonne. Pour Mme Auguste, la construction de l’échangeur Urbanova figure parmi les principales préoccupations des électeurs, tandis que Mme Sinclair-Desgagné met de l’avant le projet du TGV Alto et les potentielles expropriations qu’il implique.
Cette bataille oppose le Bloc Québécois, qui veut reconquérir son château fort, au Parti libéral, déterminé à obtenir une majorité absolue. « On va tout faire pour gagner », a déclaré la ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel. Le Bloc Québécois, de son côté, entend tout faire pour empêcher les libéraux d’atteindre leur objectif.
Perdre Terrebonne serait un véritable affront pour le Bloc Québécois, estime Daniel Béland, professeur James McGill au département de science politique de l’Université McGill. « Le Bloc veut défendre sa position au Québec et montrer que le parti demeure important, malgré le fait que les libéraux se dirigent vers un gouvernement majoritaire », souligne ce spécialiste de la politique canadienne. Il soutient qu’en cas d’échec du Bloc, le parti pourrait voir son influence diminuer à Ottawa.
« S’il y a assez de sièges, ils n’auront plus le même rôle dans les comités parlementaires. Évidemment, les votes de confiance ne joueront plus vraiment un rôle. Alors, cela va réduire l’influence politique du Bloc, peu importe ce qui se passe lundi », explique le professeur Béland.
À moins d’une surprise dans les deux circonscriptions ontariennes, une victoire du Bloc à Terrebonne constituerait tout de même un baume pour le parti, relativise le spécialiste.
En plus de la circonscription de Terrebonne, où se tient la reprise de l’élection d’avril 2025, les comtés torontois de University–Rosedale et de Scarborough–Sud-Ouest voteront eux aussi pour leur prochain représentant à la Chambre des communes. Dans ces derniers, les libéraux misent respectivement sur Danielle Martin et Doly Begum.
Photo : Christophe Godon -
C’est la deuxième visite de Mark Carney à Terrebonne en quelques semaines dans le cadre de la campagne électorale.
Un signal clair de l’importance stratégique que les libéraux accordent à ce siège qui confirmerait la majorité tant convoitée à la Chambre des communes dès lundi soir, ou qui pourrait être renforcée si les libéraux remportent également les deux circonscriptions torontoises, considérées comme des châteaux forts du parti depuis plusieurs années.
Des milliers de libéraux se sont retrouvés à Montréal dans le cadre de ce congrès, qui s’est déroulé du 9 au 11 avril 2026. La ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel, rejette fermement toute association de l’événement à la campagne électorale de Terrebonne. « Pour organiser un congrès de 4 500 personnes dans une ville, il faut réserver plus d’un an à l’avance », lâche-t-elle, précisant avoir su que le congrès se tiendrait à Montréal bien avant les dernières élections. « Donc, ça n’a vraiment aucun lien », a-t-elle tranché. »
Une question de « timing »
Pour le spécialiste en politique canadienne, le professeur Daniel Béland, la présence des libéraux à Montréal cette fin de semaine est purement stratégique. Il souligne la question du « timing ». Tenir un congrès au Québec dans ce contexte, dit-il, est « une façon implicite de montrer que le Parti libéral du Canada est très intéressé par ce qui se passe au Québec ». « Et c’est important pour le parti », affirme-t-il.
« Le Québec, c’est très important pour eux sur le plan électoral, évidemment. Donc oui, le choix de Montréal, c’est un choix stratégique pour essayer d’une certaine façon de renforcer leur message envers le Québec. »
– Daniel Béland, directeur de l’Institut d’études canadiennes de McGill, professeur James McGill au Département de science politique de l’Université McGill.
Selon le professeur Béland, les libéraux n’ont pas besoin de Terrebonne pour obtenir leur majorité, les deux sièges torontois en jeu étant des châteaux forts libéraux. Ils sont presque certains d’obtenir une majorité de sièges sans déclencher une nouvelle élection générale, soutient-il. Le Québec n’en demeure pas moins, aux yeux du spécialiste, « une province essentielle en termes de nombre de sièges, mais aussi, évidemment, parce que c’est la seule province à majorité francophone. »
Photo Christophe Godon Le premier ministre du Canada a profité de sa visite pour serrer quelques mains.
Beaucoup d’appelés
La candidate libérale a profité de la tribune du congrès, samedi, pour lancer un appel aux milliers de militants présents afin de poursuivre le porte-à-porte à ses côtés. « Nous savons que pour gagner Terrebonne, c’est une porte à la fois, un appel à la fois, une conversation à la fois, et j’ose dire, un vote à la fois », a-t-elle déclaré, avant de conclure sous les applaudissements que « c’est ensemble que nous allons gagner Terrebonne. » Plusieurs poids lourds libéraux seront à Terrebonne dimanche et lundi, dont la ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel. Des porte-paroles libéraux seniors, ainsi que plusieurs militants seront présents à la soirée électorale lundi.
Photo Élections Canada - Les électeurs de Terrebonne écriront eux-mêmes le nom du candidat de leur choix, le 13 avril prochain.
Les électeurs qui se rendront aux urnes ou qui voteront par anticipation devront eux-mêmes inscrire le nom du candidat de leur choix sur le bulletin de vote, plutôt que d’apposer le traditionnel « X » dans le cercle correspondant. Pour que le vote soit pris en compte, l’intention de l’électeur doit être claire, même si le nom du candidat est mal orthographié. Les électeurs peuvent également inscrire le nom du parti sur le bulletin, précise Élections Canada.
« Si le nom inscrit fournit à l’équipe chargée du dépouillement suffisamment d’informations pour déterminer l’intention de l’électeur, le bulletin sera pris en compte. Si l’intention de l’électeur n’est pas claire, le bulletin ne pourra pas être pris en compte », écrit Matthew McKenna, porte-parole de l’organisme.
Si l’électeur n’inscrit que le nom du parti, laisse le bulletin en blanc, ou s’il mentionne le nom d’une personne qui ne se présente pas dans cette circonscription, son vote ne sera pas pris en compte, prévient le responsable.
Une mesure qui inquiète
Le Bloc Québécois est monté au créneau, critiquant le bulletin de vote adapté prévu par Élections Canada dans la circonscription de Terrebonne. « La solution proposée par Élections Canada est pire que le mal. Elle suggère que les activistes ont réussi », a écrit le chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, sur son compte Facebook, dénonçant ainsi les activistes qui, selon lui, compliquent le processus électoral.
Pour la candidate libérale Tatiana Auguste, les enjeux d’accessibilité liés au bulletin de vote adapté sont une réelle préoccupation. Élections Canada doit mettre en place les mesures nécessaires, dit-elle, pour garantir que tous les citoyens puissent voter dans les meilleures conditions. « Donc, pour moi, ce sera à Élections Canada de gérer ça parce que la décision est déjà prise », indique-t-elle.
Le Comité du bulletin de vote le plus long, un groupe qui milite contre le système électoral actuel, a inscrit une quarantaine de candidats indépendants à l’élection partielle du 13 avril 2026 dans Terrebonne, forçant Élections Canada à revoir sa stratégie dans cette circonscription.
Si la nouvelle mesure vise à accommoder les électeurs, Élections Canada se dit consciente que ces changements pourraient réduire l’accessibilité du bulletin de vote pour certains. Toutefois, les électeurs pourront compter sur les travailleurs électoraux, qui font le serment de protéger le secret du vote, ainsi que sur l’aide d’un proche.
« Si un électeur pense avoir besoin d’aide, il est toujours conseillé de contacter à l’avance le bureau local d’Élections Canada afin de s’assurer qu’il bénéficiera du soutien nécessaire, indique l’organisme, précisant que « toute personne aidant un électeur à remplir ou à déposer son bulletin de vote doit signer une déclaration solennelle attestant qu’elle ne tentera pas d’influencer le choix de l’électeur, qu’elle remplira le bulletin conformément aux instructions de l’électeur et qu’elle préservera le secret du vote de l’électeur ».
Élections Canada rassure
L’organisme électoral met en œuvre des mesures visant à apaiser les craintes. Il dit s’appuyer sur l’expérience acquise lors des précédentes élections partielles, notamment celle de Battle-River Crowfoot, où un bulletin de vote similaire avait été utilisé. Selon Matthew McKenna, la plupart des électeurs avaient trouvé facile de voter et de remplir leur bulletin en blanc adapté.
« Le nombre de bulletins rejetés lors de l’élection partielle de Battle-River Crowfoot, où un bulletin similaire avait été utilisé, était bien inférieur à celui enregistré dans la même circonscription lors des élections fédérales de 2025, où un bulletin standard avait été utilisé », assure-t-il, précisant que l’organisme veille à ce que les électeurs sachent comment utiliser le bulletin adapté et puissent facilement vérifier le nom du candidat de leur choix au moment de voter.
Plusieurs dispositions sont prises pour faciliter le vote, telles que le renforcement de la formation du personnel, l’élaboration de nouveaux supports d’information et outils, et la mise en place d’aides supplémentaires dans les bureaux de vote.
Des leçons apprises
La décision d’un bulletin adapté s’appuie sur des expériences du passé où l’organisme a dû s’adapter à une liste de 91 candidats dans la circonscription de Carleton, en 2025 lors de la 45e élection générale.
« Nombre d’entre [les électeurs] ont déploré le manque d’accessibilité de ces bulletins et ont dit craindre que le secret du vote ne soit compromis », explique M. McKenna, soulignant des problèmes rapportés par le Comité consultatif sur les questions touchant les personnes handicapées.
Le bulletin de vote en blanc adapté permettra « de conserver les caractéristiques de sécurité et d’intégrité habituelles, comme la souche et le talon, dont n’étaient pas dotés les longs bulletins de certaines élections précédentes », assure Élections Canada.
Pour trouver leur bureau de vote, les électeurs n’ont qu’à entrer leur code postal en ligne sur le site d’Élections Canada ou à téléphoner au 1 800 463-6868. Ceux qui souhaitent un service plus rapide peuvent aussi entrer leurs renseignements en ligne à l’avance, imprimer un certificat d’inscription prérempli et l’apporter au bureau de vote.
Pour s’inscrire et voter, les électeurs doivent prouver leur identité et leur adresse à l’aide de pièces d’identité acceptées. Ils doivent résider dans la circonscription de Terrebonne depuis le 8 mars 2026 pour être admissibles.
Des élections partielles se tiennent le même jour dans deux autres circonscriptions canadiennes, soit Scarborough-Sud-Ouest et University–Rosedale, toutes deux en Ontario.
Photo Iona Mousli - Terrebonne aux urnes : Le suspense sera-t-il encore au rendez-vous?
L’exercice, animé par le président-directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie Les Moulins, Pierre Berthiaume, a permis à la candidate libérale et à la bloquiste de réitérer leur vision pour la circonscription, et à la conservatrice de se présenter.
Adrienne Charles du Parti conservateur du Canada, confirmée seulement le 11 mars dernier, la libérale Tatiana Auguste et la bloquiste Nathalie Sinclair-Desgagné ont confronté leurs positions sur les grands enjeux économiques de la région et sur des dossiers brûlants tels que l’immigration, le TGV Alto et le chantier Saint-Maurice, tout en livrant leurs priorités respectives.
Si la conservatrice et la bloquiste se sont rejointes sur plusieurs points, dressant toutes deux le constat d’une gestion fédérale défaillante, la libérale, elle, défendait les mesures déjà en place, promettant de placer Terrebonne à la table des décisions.
Photo Iona Mousli – Les trois candidates à l’élection partielle du 13 avril dans Terrebonne, face à la communauté d’affaires, au Club de Golf Le Mirage.
L’économie : trois visions, un même diagnostic
Face aux tarifs américains et à leur impact sur les entreprises de la région, les trois candidates ont reconnu que la menace tarifaire échappe au contrôle d’Ottawa, mais en présentent chacune une lecture différente.
Tatiana Auguste a défendu la stratégie libérale, citant la diversification des marchés, les nouveaux partenariats et les grands projets d’infrastructure. « On ne peut pas contrôler ce qui se passe aux États-Unis, mais je pense qu’on est déjà sur une bonne lancée », a-t-elle déclaré, défendant les mesures de baisse d’impôt de 1 %, l’allocation fédérale pour l’épicerie et la réduction du taux d’imposition des PME à 9 %.
Adrienne Charles a, de son côté, misé sur l’élimination de la bureaucratie, la réduction de la paperasse et le développement des ressources naturelles du pays. « Le Canada est riche, non seulement en pétrole et en minerais, et détient à lui seul 20 % des réserves mondiales d’eau douce accessible. On n’est pas censé être dans la situation qu’on est avec toutes les ressources qu’on a », a-t-elle lancé.
Pour Nathalie Sinclair-Desgagné, le Québec est systématiquement la première victime des tarifs américains. En 2025, dit-elle, les exportations québécoises vers les États-Unis ont chuté deux fois plus vite que dans le reste du Canada. « Quand l’industrie de l’automobile va mal, on se précipite pour l’aider. Mais jamais un député libéral ou conservateur ne va se lever pour les entreprises du Québec », a-t-elle martelé.
Sur la gestion budgétaire, la bloquiste et la conservatrice ont fait front commun, estimant que le premier ministre Mark Carney a réussi à doubler le déficit de son prédécesseur Justin Trudeau. Nathalie Sinclair-Desgagné a évoqué le scandale Curam et ses 5 milliards en dépassements de coûts, appelant à une meilleure gestion des fonds publics. « J’appuie totalement Mme Sinclair-Desgagné », a renchéri Adrienne Charles, précisant que le message de la bloquiste trouve écho chez les conservateurs et qu’il s’agit là de leur mot d’ordre.
Un groupe représentant le mouvement Le communautaire à boutte, ainsi que la directrice du Cégep de Lanaudière, Mme Geneviève Perreault, ont fait part aux candidates de leurs préoccupations face aux coupes budgétaires qui compromettent leur fonctionnement. Les candidates se sont engagées à examiner la situation et à y apporter des solutions.
Photo Iona Mousli : « Les candidates Adrienne Charles, Nathalie Sinclair-Desgagné et Tatiana Auguste ont pris part à un débat dans la circonscription de Terrebonne. »
PEQ : la promesse brisée des travailleurs étrangers
Adrienne Charles déplore un système d’immigration « brisé ». Selon elle, le Québec a reçu plus d’immigrants qu’il ne pouvait en intégrer, ce qui a exercé une pression sur le logement, le système de santé et l’éducation. Elle propose toutefois un délai de cinq ans pour permettre aux entreprises de garder leurs travailleurs, « particulièrement dans les régions où le taux de chômage est en dessous de 5,5 % ».
Nathalie Sinclair-Desgagné abonde dans le même sens, estimant qu’« il n’est pas normal qu’on ne nous consulte pas sur les cibles et qu’on laisse rentrer autant de gens sans penser à la particularité du Québec ».
La libérale a défendu le délai d’un an accordé par Ottawa pour permettre au Québec de préciser quels travailleurs il souhaite retenir. « La balle est maintenant dans le camp du gouvernement du Québec de nous dire qui il veut garder, dans quelles industries et combien », a-t-elle indiqué.
Les trois candidates ont convenu que la complexité des programmes fédéraux constitue un frein réel pour les entrepreneurs. Nathalie Sinclair-Desgagné explique que lorsqu’elle était députée, son bureau organisait chaque année un « café de la députée » pour expliquer les programmes ouverts et fermés à la suite du budget. Tatiana Auguste a évoqué l’envoi régulier de communiqués aux entreprises et l’accompagnement offert par son bureau. Adrienne Charles a misé sur sa rigueur professionnelle, héritée de ses années en laboratoire médical. « J’ai le souci du détail, le souci du travail bien fait. Je serai là pour vous », a-t-elle promis.
Photo Iona Mousli : « Des membres de la communauté ont assisté à la rencontre de la CCIM, où les candidates ont présenté leurs priorités pour la circonscription de Terrebonne. »
Priorités
Nathalie Sinclair-Desgagné a réclamé de vraies audiences publiques et s’est opposée aux expropriations forcées. Tatiana Auguste, quant à elle, soutient une consultation sur le tracé du TGV. Toutefois, sa priorité immédiate est de collaborer avec la Ville pour débloquer des fonds pour l’échangeur Urbanova, a-t-elle indiqué. Pour Adrienne Charles, « dans l’heure actuelle, [le TGV] n’est vraiment pas notre priorité. Notre priorité, c’est le coût de la vie et l’accès à la propriété pour nos jeunes. »
Concernant le champ de tir Saint-Maurice, ancien terrain militaire situé en plein cœur de la ville et qui représente une facture colossale pour la Ville, Nathalie Sinclair-Desgagné a soulevé le principe du pollueur-payeur, déplorant que Terrebonne se retrouve avec l’entièreté de la facture pour un terrain contaminé par le fédéral.
Tatiana Auguste a tenu à préciser qu’il s’agit de deux enjeux distincts : la partie du terrain déjà cédée à la Ville pour la construction de l’échangeur Urbanova, et celle encore détenue par le gouvernement fédéral. « Ce n’est pas une facture qui est en ce moment à la Ville pour le reste du champ de tir », a-t-elle nuancé, précisant que des négociations sont en cours. « Tout le monde au ministère de la Défense m’a entendu », a-t-elle assuré. Adrienne Charles a promis de céder les terres fédérales et d’appuyer la décontamination.
Le 13 avril, Terrebonne ne votera pas seulement pour sa députée. Si les libéraux balayent également les deux circonscriptions torontoises en jeu, Mark Carney décrochera sa majorité. Une candidate conservatrice ou bloquiste élue siégera alors dans l’opposition, mais avec des leviers limités.